BIO-CONSTRUCTION
MEXIQUE
J'ai passé plus de deux mois au Mexique avec l'objectif initial d'approfondir mes connaissances en bio-construction, mais j'ai fini par découvrir bien plus que cela. Mon séjour peut être divisé en trois missions très distinctes, chacune r'iches d'apprentissages culturels.
La première mission m'a amené à travailler avec une famille d'artistes et de volontaires au sein d'une communauté. La deuxième mission m'a conduit chez une personne vivant seule qui souhaitait promouvoir la bio-construction dans sa région. Enfin, la troisième mission s'est déroulée dans la jungle de Tulum. Chacune de ces missions se déroulait dans un environnement unique, que ce soit dans un désert rocheux près d'un canyon, dans les montagnes près de Colima, en contrebas d'un volcan, ou au cœur de la jungle.
La bio-construction est une méthode architecturale qui privilégie l'utilisation des ressources naturelles présentes dans l'environnement de construction. Elle encourage l'utilisation judicieuse des matériaux locaux. Par exemple, l'utilisation de feuilles de palmier peut être cohérente dans une jungle dense et humide, mais moins adaptée dans un désert rocheux. Pendant le processus de construction, il est essentiel de préserver l'environnement et de contribuer de manière significative au bien-être futur des habitants en améliorant leur qualité de vie au quotidien.
La préparation des roseaux est une étape cruciale dans la construction du toit. Les roseaux sont d'abord sélectionnés en veillant à ce qu'ils aient une taille équivalente, en éliminant ceux qui sont trop courbés. Une fois prêts, les roseaux sont disposés en couches pour former le toit, avec un dénivelé d'environ 15 degrés afin de permettre l'évacuation de l'eau de pluie.
Pour faciliter la pose des roseaux, une grande planche épaisse est temporairement fixée sur les traverses déjà en place. Cela offre une base solide pour les deux poseurs de roseaux, qui utilisent des pistolets à agrafer pour les fixer. Les roseaux sont positionnés aussi près les uns des autres que possible, créant ainsi une base solide avant de poser une couche de plastique et de plâtre.
Avant d'être utilisés, les roseaux sont dans leur état brut, présentant des imperfections et une couche externe. Il est donc nécessaire de les nettoyer pour obtenir une surface lisse. À l'aide d'une machette ou d'un couteau, la peau des roseaux est arrachée et les morceaux dépassant sont taillés, afin d'obtenir des tiges uniformes et prêtes à être utilisées dans la construction du toit.
Méthode de coffrage
À Tierra de las Hadas, le mélange pour les parois était composé de différentes pierres, de sable, de paille et d'eau, comme pour le procédé habituel du bajareque. Cependant, la différence résidait dans l'ajout d'argile noire qui se ramollissait au contact de l'eau, facilitant son mélange avec les autres ingrédients. Contrairement à Las Cañas, le mélange était préparé en mélangeant simplement de l'argile, de la terre et de l'eau.
Après avoir imbibé la paille du mélange, on la testait en la pinçant pour voir si elle pouvait être utilisée pour les parois. Le mélange était plus facile à préparer grâce à l'utilisation d'outils tels qu'une perceuse et une mèche mixeuse. Une fois les deux mélanges prêts, on ajoutait un petit seau d'argile noire dans le mélange de terre pour former le liant. Ensuite, dans un espace délimité, on mélangeait à la main la paille sèche avec le mélange préparé et humidifié, jusqu'à ce qu'elle soit prête pour être utilisée.
Préparation du mélange.
Une méthode de construction alternative utilisée sur ce site consistait à créer des vitraux en utilisant des bouteilles de verre colorées. Tout d'abord, un petit atelier a été mis en place pour préparer les bouteilles : elles ont été nettoyées, vidées, et un morceau de charbon a été placé à l'intérieur pour éviter la création d'humidité. Alternativement, un morceau de tissu a été placé et bloqué avec un bouchon en liège dans l'ouverture. Ensuite, des fils de fer ont été entrelacés autour du cul et du haut de la bouteille pour pouvoir les disposer dans le mur de la manière souhaitée.
Sur les bouteilles, du scotch a été découpé de chaque côté de manière parallèle pour dessiner les zones qui laisseront passer la lumière. En amont, des tests de mélange ont été effectués car la formule utilisée pour les murs n'adhérait pas suffisamment aux bouteilles en raison de la présence de paille.
Une fois prêtes, les bouteilles ont été fixées aux lattes de l'infrastructure à l'aide des fils de fer, et le mélange a été ajouté en commençant par le bas, avec deux personnes de chaque côté de la paroi pour pousser vers l'extérieur et renforcer la structure.
Première étape:
LAS CANAS
Lorsque j'ai entamé mon périple, mon premier arrêt a été à Las Cañas, un endroit isolé près de San Miguel de Allende. Cet endroit se caractérisait par son aridité, son aspect rocailleux et poussiéreux, avec une vue imprenable sur un grand canyon et une montagne rocheuse. Nous avons intégré une communauté qui nous a accueillis chaleureusement, même si nous étions les seuls étrangers parmi les participants, d'autres provenant de différents villages du Mexique.
Notre mission consistait à construire un espace qui servirait toute la communauté, accueillant les enfants, les artistes et les habitants du village. Notre groupe comptait généralement une quinzaine de personnes au maximum, avec deux chefs de projet : Oscar, un architecte et designer mexicain spécialisé dans la bio-construction, et Diego, qui nous a assistés et partagé ses compétences en construction.
À Las Cañas, nous avons employé la technique de bajareque pour la bioconstruction, qui peut être comparée à la méthode du torchis en France, bien que les matériaux et la façon de faire diffèrent. Pour cette technique, nous avons utilisé un mélange de différents éléments, notamment trois types de pierres, dont la pomasita, une pierre volcanique très légère qui se mélange facilement à l'eau, deux types de terre, du sable rocheux, de la paille et du vinaigre. Oscar, notre guide, nous a appris à comprendre le terrain et à utiliser les matériaux naturellement présents. Comme Las Cañas est un endroit très rocheux et sablonneux, nous avons utilisé toutes les pierres et le sable disponibles sur place pour notre mélange.
Technique : BAJAREQUE
Je suis arrivé dans un ranch au Mexique, appelé Tierra de Las Hadas, où j'ai été chaleureusement accueilli par Robert, qui y vit depuis de nombreuses années. Situé au pied d'un volcan et surplombant le village de Tonila, le ranch est en altitude, ce qui permet d'éviter les fortes chaleurs, mais expose également à des risques d'incendie, notamment pendant la période de récolte de la canne à sucre utilisée pour produire le mezcal local.
Le terrain de Roberto est bien organisé, comprenant une zone commune, une zone de chantier et une zone de construction. Après avoir passé la majeure partie de son temps dans son van, il est actuellement en train de construire sa maison pour y passer le reste de sa vie. Il m'a appris ses méthodes de construction ainsi que les principes de la permaculture, en partageant son savoir-faire avec moi.
Les murs construits avec la méthode de bajareque ont souvent un aspect brut et pailleux, mais cela n'est pas le résultat final. Pour obtenir une surface lisse et colorée, on applique une finition à la fin de la construction. Comment ça se passe ? Une fois que le mélange sec a été appliqué pour former la paroi, une trame de plastique très serrée est agrafée sur l'intégralité du mur, similaire à celles utilisées dans les grands sacs de pommes de terre, pour assurer une meilleure adhérence avec l'enduit.
L'enduit est composé d'un mélange de la même matière que celle utilisée pour la paroi, du plâtre, et d'autres ingrédients selon la couleur et l'aspect souhaités. Deux couches d'enduit sont appliquées, la deuxième étant ajoutée après le séchage de la première et l'assombrissement de la couleur. Le mélange est étalé uniformément sur le mur à l'aide d'outils similaires à ceux utilisés par les plaquistes pour créer une couche d'environ 2 mm d'épaisseur pour chaque couche. Avec la finition, le mur a une épaisseur totale d'environ 18 cm.
Finitions.
Troisième étape:
SANCTUARIO TULUM
Traitement du Zapote.
La préparation du mélange est l'étape la plus physique de la bio-construction. Tout d'abord, il faut collecter les différentes matières premières et déterminer les proportions nécessaires à partir de tests et d'expériences antérieures. Dans ce cas, le dosage est évalué en nombre de sceaux. Ensuite, toutes les pierres, terres et sable sont mélangées à sec dans une bassine, avant d'ajouter progressivement de l'eau et la moitié des sceaux de paille.
Une fois le mélange bien remué, il est renversé sur une grande bâche noire, piétiné et mélangé à nouveau avec le reste de paille et d'eau. La bâche est pliée de temps en temps pour assurer l'homogénéité du mélange. Enfin, le mélange est jugé prêt à l'œil lorsqu'il atteint une consistance pâteuse et malléable..
Le mélange.
La construction des parois implique l'utilisation d'un mélange recouvert pour éviter le séchage. À Las Canas, la méthode consistait à monter le mélange en se positionnant de chaque côté de la paroi et à l'aplatir vers le bas en forme de U renversé pour exercer une pression vers le bas.
Des lattes en bois sont utilisées pour coller et renforcer le bajareque. Des trous peu profonds sont faits dans le mur pour faciliter le tassement vers l'intérieur et permettre l'ajout de matière si nécessaire. Un contrôle de la planéité du mur est effectué à l'aide d'une ficelle et d'un poids qui balancera.
En cas de trop de matière, on gratte et enlève l'excédent à l'aide d'une longue règle métallique. En cas de manque de matière, une ficelle est utilisée pour vérifier la planéité du mur et s'assurer que le bajareque est bien en contact sur toute la surface.
Le montage.
Préparation du toit.
Deuxième étape:
TIERRA DE LAS HADAS
Chez Roberto, qui est également un adepte de la bio-construction, nous avons utilisé une méthode de construction différente de celle de Las Canas, appelée méthode de coffrage. Cette méthode implique la fabrication de coffrages, qui sont des planches de contreplaqué avec des lattes fixées sur les bords pour le renfort. Le mélange est préparé à l'avance, puis rapidement utilisé pour remplir l'espace entre les deux plaques fixées de chaque côté de la paroi, avec une hauteur maximale de 60 cm pour permettre de mettre les bras jusqu'au bout.
Après environ une heure d'attente, les coffrages sont dévissés pour révéler une partie du mur très lisse et de la même épaisseur, sans besoin de mesurer l'épaisseur du mur ou ses imperfections. Cette méthode nous a permis d'obtenir un mur très plat et uniforme.
Création de vitraux.
Le lieu où je me suis rendu en dernier lieu est situé à l'opposé de ma précédente destination, sur la côte caribéenne du Mexique, dans une jungle proche de Tulum. Le sanctuaire de Tulum, créé par une communauté souhaitant accueillir tous les voyageurs, artistes et agriculteurs, est un endroit respectueux de la nature qui fournit strictement le nécessaire.
La seule construction commune est une cuisine en plein air avec une structure en terre séchée pour la cuisson des aliments au feu de bois. Les conditions étaient très différentes de celles des précédentes missions, avec une chaleur intense et un taux d'humidité nocturne supérieur à 94%. Comme pour les autres projets, la technique de bio-construction était différente car elle utilisait les éléments naturels de l'environnement, tels que le bois de Zapote et les feuilles de palme.
Technique de tressage de feuilles de palme.
La méthode utilisée dans la jungle de Tulum pour la construction des toits est similaire à celle traditionnellement employée par les Mayas. Il s'agit du tressage de feuilles de palmier. Bien que cette technique paraisse simple, elle nécessite un minimum de pratique pour atteindre le résultat souhaité.
Tout d'abord, une infrastructure est créée pour accueillir les feuilles de palmier tressées. Cette infrastructure est composée d'un quadrillage de 60 cm à la fois horizontalement et verticalement. Pourquoi ce quadrillage ? Parce qu'en tressant les feuilles de palmier, on les passe par-dessus, puis en-dessous, puis encore par-dessus ce quadrillage pour les maintenir en place, sans l'utilisation de vis, de clous ou d'autres éléments.
Pour tresser les feuilles de palmier, il faut prendre une feuille d'environ un mètre de long, en bon état, et la diviser en trois parties. Ensuite, prenez les deux parties des extrémités et pliez-les vers l'arrière comme si vous faisiez une tresse. Serrez-les au maximum pour que cela tienne environ cinq ans. Chaque feuille de palmier se superpose sur celle d'à côté sur la partie centrale de la précédente (voir la photo jointe). À chaque fois, décalez les feuilles de palmier sur la droite ou sur la gauche pour les assembler au maximum et empêcher la lumière ou l'eau de pluie de passer à travers les toits.
Montage des toitures.
Lors de l'utilisation de la méthode de tressage de feuilles de palmier pour les toits, il est essentiel de planifier soigneusement la manière de monter les feuilles afin de les placer correctement sans les endommager ni avoir à descendre fréquemment pour les ajuster. Étant donné l'absence de grue ou d'équipement similaire, l'infrastructure préparatoire repose sur un quadrillage, mais avec une particularité : les traverses en bois de zapote sont plus rapprochées à un endroit spécifique, de manière à ce que les feuilles de palmier ne soient pas bombées lorsqu'elles sont tressées, créant ainsi un toit plus lisse. Cette technique n'est pas nécessaire pour les murs, car ils sont droits verticalement, mais elle est cruciale pour les toits en pente.
Pour hisser les feuilles de palmier jusqu'aux tresseurs, la méthode la plus simple consiste à attacher solidement une feuille de palmier à l'extrémité d'une corde, qui servira de support pour toutes les autres feuilles. Ensuite, les autres feuilles sont simplement disposées et placées autour de la corde sans être attachées. Les tresseurs n'ont plus qu'à tirer sur la corde et à l'attacher à la hauteur souhaitée pour commencer à travailler sur les feuilles.
Le bois de zapote est exclusivement utilisé pour toutes les infrastructures, car il présente une qualité supérieure en termes d'ébénisterie, de résistance aux intempéries et de capacité à supporter le poids. Comme aucune machine n'est utilisée dans la construction, les travailleurs doivent grimper sur les toits en utilisant les structures en bois de zapote déjà installées. Le bois a naturellement une teinte orangée, mais les photos peuvent donner l'impression qu'il est plus orangé en raison du traitement qu'il reçoit.
Ce traitement consiste en l'application d'un mélange de vernis et de produits anti-insectes. Bien que non naturel, il est nécessaire pour éviter que le bois ne pourrisse ou ne soit dévoré par les insectes, étant donné que les structures sont exposées aux éléments. En raison de l'utilisation de grandes quantités de bois dans la construction, chaque branche de bois nécessite une longue séance de peinture pour assurer sa durabilité.